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Sébastien-Philippe LAURENS Journaliste et Historien

Sébastien-Philippe LAURENS Journaliste et Historien

Comme le disait Winston Churchill : “ La vérité est incontestable, la malveillance peut l’attaquer, l’ignorance peut s’en moquer, mais à la fin, elle demeure." ---------------------------- Et je rajouterai que la curiosité permet de la faire émerger. ------ Journaliste, Historien et Géo-politologue, passionné par l’Histoire, la Culture, et tant de choses… ------------------------------ Toute une passion, ce site est là pour le plaisir du partage... au plus grand nombre humblement par un regard sur le monde sans juger ou orienter... ---------------------------------------------------------- Alors venez à la découverte, soyez curieux... Et bonne lecture...


Adolf Hitler, ou l’industrie de la mort des camps de Dachau à Auschwitz-Birkenau

Publié par Sébastien-Philippe LAURENS sur 9 Août 2019, 21:22pm

Catégories : #@BlogLSP, #CeJourLà, #Histoire, #Seconde Guerre Mondiale, #Adolf Hitler, #Camps de la mort, #Auchwitz, #Dachau, #Shoah

Adolf Hitler, ou l’industrie de la mort des camps de Dachau à Auschwitz-Birkenau

Dès la prise de pouvoir par Adolf Hitler en janvier 1933, les SA et les SS engagent la poursuite des opposants politiques, et vient alors aussi l’ouverture des premiers camps de concentration, et puis d’extermination avec une politique d’industrie de mort.

Il convient d'emblée de bien distinguer les termes de camps de concentration et de camps d'extermination ; dans le premier des cas, ils avaient une fonction d'exclusion et de terreur, destinés à recevoir non seulement les adversaires des nazis, mais aussi tous les individus considérés comme dangereux pour le régime nazi ; et dans le deuxième cas, ils ont été construits pour liquider physiquement, conformément à l'idéologie mortifère nazie, à exterminer.

De la genèse de la politique concentrationnaire….

En mai 1933, le premier camp d'État, placé sous la direction du commandant du Reich SS Heinrich Himmler, est installé à Dachau, près de Munich. En 1934, la SS obtient le contrôle sans partage du système concentrationnaire. La Justice, qui a gardé jusqu'à cette date un rôle de surveillance perd toute possibilité d'intervention : les prisonniers sont dès lors totalement exposés à la tyrannie des SS. Théodore Eicke, inspecteur général des camps, passe bientôt la consigne pour le traitement des prisonniers : toute pitié doit être exclue.

À partir de 1937, le cercle des détenus est élargi, aux « asociaux » et aux « prédicateurs », par exemple. Les nazis ont jusque-là présenté les camps comme des lieux de « préservation et d'éducation ».

Néanmoins, l'exploitation par le travail de tous les prisonniers passe au premier plan à partir de 1938. Cette politique va se doter d’une organisation parfaitement huilée qui compta des dizaines de camps de concentration, et va progresser vers l’extermination, l’euthanasie et le triage, implantés sur l’ensemble du territoire du "Grand Reich", pour recevoir : les communistes, les autres opposants politiques, socialistes et démocrates-chrétiens, les Juifs qualifiés de « sous-hommes », mélangés avec les prisonniers de droit commun condamnés par les tribunaux allemands, et les « asociaux », les « parasites », termes utilisés par les nazis pour désigner pêle-mêle les Tsiganes, les malades mentaux, les homosexuels et les témoins de Jéhovah.

Adolf Hitler, ou l’industrie de la mort des camps de Dachau à Auschwitz-Birkenau

Vers les Camps de la Mort et la « Solution finale »

C’est à la conférence de Wannsee, près de Berlin, en janvier 1942, que le ministre Hermann Göring charge Reinhard Heydrich, le chef de la Gestapo, de mettre sur pied et de présenter une « solution finale » de la question juive, selon l'ordre du jour de la conférence. Pour l'historien Florent Brayard, le concept d’extermination « était potentiellement présent dès les années 20 dans l'esprit de Hitler, même s'il ne pouvait être perpétré que dans des circonstances particulières », soulignant que c'est « seulement dans les premiers mois de 1942, après différents arbitrages, que les dirigeants nazis sont passés d'un projet d'extinction politique du judaïsme européen à plus ou moins long terme à un projet d'extermination à l'échéance d'un an ».

Avant cette date, au moins 1 million de Juifs ont été tués de façon « artisanale » par les Einsatzgruppen (équipes mobiles de tuerie) avec des massacres au fusil et à la mitrailleuse qui posaient des problèmes de « rentabilité » et durant l'été 1941, les nazis commencèrent à convertir des camions en chambre à gaz, en utilisant les gaz d'échappement. Et très vite, ils vont créer en Pologne, des camps avec des installations permanentes pour le gazage au monoxyde de carbone à Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka. Pour la première fois, des hommes sont anéantis comme des nuisibles par d'autres « hommes ».

En 1942, on voit apparaître une vraie industrie de la mort, avec des camps d'extermination établis par les SS, avec chambres à gaz et fours crématoires. Les Juifs y sont aussitôt exterminés lorsqu'ils ne sont pas en condition de travailler, ou forcés d'exécuter des travaux inhumains. Les hommes que le régime juge « indignes de vivre » pour raisons raciales n'ont aucune chance de vivre. La plupart des tortionnaires n'ont pas mauvaise conscience, pour eux, les Juifs sont une sous-humanité, les ennemis de l'humanité par excellence. L'antisémite haineux qu'est Hitler ne fait ainsi que réaliser sa prophétie du 30 janvier 1933 : plus aucun quartier juif ; plus aucun ghetto en Europe.

 

L'horreur par excellence est incarnée dans le camp de Auschwitz-Birkenau, commande par Rudolf Hess. Auschwitz fut choisi à la fois pour les bonnes dessertes ferroviaires et le fait qu'« il peut être facilement isolé et camouflé », comme le souligne Rudolf Höss. Les nazis attribuèrent à Auschwitz deux fonctions, l'assassinat pour ceux dont ils n'avaient pas besoin et la mise au travail jusqu'à l'exténuation mortelle pour les autres. Dans ce seul lieu sévissent 3 000 SS, va connaître une pointe d'activité à la fin de la guerre, au printemps 1944, avec l'extermination précipitée de 400 000 Juifs de Hongrie, ces malheureux étant gazés et brûlés au rythme de 6 000 par jour. Dès leur arrivée : des officiers et des médecins allemands séparent les nouveaux venus en détenus aptes ou inaptes au travail. Ces derniers sont aussitôt envoyés dans les chambres à gaz, camouflées en salles de douches. Les autres sont exposés à « subir l'anéantissement par le travail ». Auschwitz est d'abord un camp de travail pour l'usine Monowitz de I.G. Farben, où l'on fabrique le zyklon, acide cyanhydrique employé dans les chambres à gaz.

Descriptif du complexe du camp d'Auschwitz

La libération des camps et la Marche de la mort…

Lors de leurs offensives contre l’Allemagne, les troupes alliées commencèrent à libérer des camps de concentration. Il y restait des survivants ; beaucoup d’entre eux avaient survécu à des marches de la mort.

A partir de fin 1944, le Reichs-führer S.S. Heinrich Himmler donne alors l'ordre aux commandants des camps de concentration d'évacuer les prisonniers. Ce plan avait pour but d'éviter que les prisonniers ne tombent entre les mains des Alliés et ne fournissent des preuves supplémentaires des assassinats de masse des nazis. L'évacuation de tous les camps de concentration se fit souvent par des marches forcées, dites de la mort pour rejoindre les camps du territoire allemand, des centaines de milliers de détenus périssent de maladie, d'épuisement, de faim et de froid. À l'approche de l'armée Rouge, on fait sauter à l'explosif la plupart des chambres à gaz et des fours crématoires.

L'Armée rouge libéra Auschwitz, le plus grand camp d’extermination et de concentration, le 26 janvier 1945. Avant de fuir, les Allemands avaient détruit la plupart des entrepôts du camp, mais dans ceux qui restaient les Soviétiques trouvèrent les effets personnels des victimes. Ils découvrirent, par exemple, des centaines de milliers de costumes d’homme, plus de 800 000 vêtements de femme, et plus de 7 000 kg de cheveux humains. Mais les Nazis avaient fait sauter les fours crématoires.

Dans les mois qui suivirent, les Soviétiques libérèrent d’autres camps dans les pays baltes et en Pologne. Peu avant la capitulation allemande, les troupes soviétiques libérèrent les camps principaux de Stutthof, de Sachsenhausen et de Ravensbrück. Le 11 avril 1945, les troupes américaines libérèrent le camp de concentration de Buchenwald, situé près de Weimar, en Allemagne, quelques jours après qu'il ait été évacué par les Allemands. Le jour de la libération, une organisation de résistance clandestine de prisonniers prit le contrôle de Buchenwald pour empêcher les gardes du camp de commettre des atrocités. Les troupes américaines libérèrent plus de 20 000 prisonniers à Buchenwald. Elles libérèrent également les camps principaux de Dora-Mittelbau, de Flossenbürg, de Dachau et de Mauthausen.

 

Les libérateurs furent confrontés aux conditions indicibles des camps nazis, ils y découvrirent notamment des tas de cadavres non inhumés. Ce n'est qu'après la libération des camps que toute l'étendue des horreurs nazies apparut pleinement. L'infime minorité de survivants avaient l'aspect de squelettes à cause des exigences du travail forcé, du manque de nourriture et des mois et des années de mauvais traitements. Beaucoup étaient si faibles qu'ils pouvaient à peine bouger. La maladie restait un danger omniprésent et de nombreux camps durent être brûlés afin d'éviter la propagation d'épidémies. Pour les survivants des camps, le retour à la normalité s'annonçait long et difficile.

Entre le 20 novembre 1945 et le 1er octobre 1946, le Tribunal militaire international de Nuremberg juge 22 hauts dirigeants de l’Allemagne nazie pour crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et conspiration en vue de commettre chacun de ces crimes. C’est la première fois qu’un tribunal international est utilisé, après-guerre pour traduire les dirigeants d’un pays devant la justice. Le mot « génocide » fait partie du réquisitoire, mais comme terme descriptif et non juridique. Ces rescapés des camps de la mort ont pour leitmotiv : « plus jamais mais pas d’oublis », pour eux, c’était hier, âgées entre dix et dix-neuf ans au moment de leur libération et comme le rappelle Simone Veil, rescapée de l'enfer d'Auschwitz « Le premier danger n’est pas l’oubli, ni la négation mais bel et bien la banalisation de la Shoah... Tout le monde est victime, tout le monde est coupable. En conséquence, personne ne l’est vraiment. »

Le nombre de morts de la Seconde Guerre mondiale est évalué entre 60 et 80 millions de personnes (22-25 millions de militaires et 37-54 millions de civils). Le génocide des Juifs européens représente environ 6 millions de morts dont 2,8 millions rien que dans les camps, auxquels il faut rajouter les morts (1,4 millions) des Einsatzgruppen et ceux morts dans les ghettos (environ près de 700 000 personnes). Pour bon nombre d’historiens, dont Donald Niewyk, affirment qu’il faut étendre le bilan de la Shoah, aux victimes non-juives (prisonniers de guerre, Roms, personnes handicapées, homosexuels,…) ce qui ramène alors le nombre entre 11 et 17 millions.

Primo Levi, nous rappelle « Dans la haine nazie, il n'y a rien de rationnel : c'est une haine qui n'est pas en nous, qui est étrangère à l'homme, c'est un fruit vénéneux issu de la funeste souche du fascisme, et qui est en même temps au-dehors et au-delà du fascisme même. Nous ne pouvons pas la comprendre ; mais nous pouvons et nous devons comprendre d'où elle est issue, et nous tenir sur nos gardes. Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire, parce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtres aussi. »

Pour finir, je vous propose de donner la parole à ceux qui en sont revenus comme Jacqueline Brin, née Houly, Convoi 76, déportée le 30 juin 1944 à partir de Drancy par le convoi 76, à Auschwitz-Birkenau, à 13 ans et demi avec sa soeur Marcelle, 11 ans :

« Lorsque je suis enfin arrivée à Paris à l’hôtel Lutetia, l’un des prisonniers de guerre avec qui nous avions fait ce long trajet depuis la zone russe, m’a proposé de me conduire à Versailles. Je ne savais pas ce qu’étaient devenus mes parents ni bien entendu où ils pouvaient habiter… Nous sommes donc allés chez une camarade de lycée et j’ai appris par elle que mes parents avaient réintégré notre appartement de l’avenue de Saint-Cloud. C’est curieux, mais je n’ai pas un souvenir bien net de nos retrouvailles, il faut dire que j’étais malade, souffrais d’une pleurite qui, par la suite, évolua en tuberculose pulmonaire.

Je crois aussi que j’avais perdu la capacité de m’émouvoir… Ce dont je me souviens c’est qu’aussitôt, mes parents m’ont demandé où était ma petite sœur. Je ne pouvais leur dire la vérité : j’ai laissé entendre que nous avions été séparées et que je l’avais perdue de vue. Alors, se glissa cette terrible impression que, moi, j’étais rentrée, et elle, non ! Ensuite, pendant des mois, ils ont espéré en vain son retour… puis, ils ne m’ont pas posé trop de questions : il faut dire que j’étais fermée comme une huître et plutôt agressive… Je suis restée à la maison, à me faire soigner, pendant les mois d’été. Je me souviens des fréquentes visites du médecin, mais aussi de celles d’amies de ma mère, qui se voulant bienveillantes, me demandaient : "Est-ce que tu as beaucoup souffert ?" Cette question me semblait tellement incongrue que j’avais envie de les chasser de chez moi !!!...

Puis, à la rentrée, je suis retournée au lycée – il n’y en avait qu’un à Versailles pour les filles – avec la même directrice. La reprise s’est faite dans la plus parfaite indifférence : aucune question, ni de la part des professeurs, ni des élèves… Il est vrai que cela valait mieux car je n’avais pas envie de parler, mais je me sentais complètement étrangère à ce monde qui ne savait pas. Plus tard, il est même arrivé qu’un nouveau professeur, apercevant mon numéro sur le bras (que j’essayais pourtant toujours de cacher), me lance : "Alors, Mademoiselle Houly, vous vous amusez à vous tatouer maintenant !" ; je suis restée sans voix !

C’est entre mes études secondaires et universitaires que la tuberculose s’est à nouveau manifestée ; j’ai passé un an au sanatorium des étudiants, à Saint-Hilaire-du-Touvet, en Haute-Savoie… La vie a repris et j’ai essayé de vivre comme toutes les filles de mon âge mais j’avais un père très sévère et je devais mentir pour pouvoir sortir… Moi, je trouvais anormal d’être brimée de la sorte après ce que j’avais vécu ; j’avais une telle soif de liberté ! Je ne comprenais pas. Mais, même au milieu de mes amis, j’avais souvent l’impression de ne pas être comme eux, d’être une morte-vivante. Je vivais en fait dans une angoisse permanente. Les "psy" auraient dû exister à cette époque… Lorsque j’ai rencontré mon futur mari, il savait qui j’étais et savait aussi que je ne désirais pas parler car cela me faisait mal. À cette époque, je ne voulais pas d’enfants : je ne souhaitais pas assumer cette énorme responsabilité de mettre au monde des êtres qui risqueraient de souffrir comme j’avais souffert ! Finalement, j’ai eu un garçon et une fille ; j’ai commencé par une vie de mère au foyer, mais je déprimais, sentais que je n’étais pas capable de leur apprendre la joie de vivre et j’ai préféré travailler et prendre une personne sympathique et "normale" pour les garder en mon absence – avec bien entendu – l’accord compréhensif de mon mari.

Mon fils est devenu gynécologue obstétricien et ma fille cadre dans la publicité. J’ai sept petits-enfants et un tout petit arrière-petit-fils. Mais j’ai perdu mon mari en mars 2007. Et moi, je continue à avoir de nombreux moments de "mal vivre". »

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