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Sébastien-Philippe LAURENS Journaliste et Historien

Sébastien-Philippe LAURENS Journaliste et Historien

Comme le disait Winston Churchill : “ La vérité est incontestable, la malveillance peut l’attaquer, l’ignorance peut s’en moquer, mais à la fin, elle demeure." ---------------------------- Et je rajouterai que la curiosité permet de la faire émerger. ------ Journaliste, Historien et Géo-politologue, passionné par l’Histoire, la Culture, et tant de choses… ------------------------------ Toute une passion, ce site est là pour le plaisir du partage... au plus grand nombre humblement par un regard sur le monde sans juger ou orienter... ---------------------------------------------------------- Alors venez à la découverte, soyez curieux... Et bonne lecture...


Scandale à la Cour : Comtesse du Barry, de courtisane du tout Paris à favorite de Louis XV

Publié par Sébastien-Philippe LAURENS sur 13 Septembre 2018, 17:13pm

Catégories : #Histoire, #Politique, #France, #Toulouse, #Scandale à la Cour, #Louis XV, #Mme du Barry, #Culture, #Patrimoine, #Révolution, #Favorite, #@BlogLSP

Scandale à la Cour : Comtesse du Barry, de courtisane du tout Paris à favorite de Louis XV

Article co-écrit avec Magalie HERAL

Dans la vie de Cour, la place des favorites jouait un rôle important dans l’entourage du Roi. De Mme de la Lavallière, en passant par Diane de Poitiers à Mme de Pompadour, la liste des favorites est très longue… Mais Jeanne Bécu, devenue Comtesse du Barry, de courtisane du tout Paris est devenue Favorite du Roi Louis XV fut la dernière courtisane de la Monarchie. Son destin est aussi funeste que celui de la royauté, avec sa chute à la Révolution, femme amoureuse, courageuse avant d’être injustement calomniée et de passer sous le couperet national pour trahison et complicité envers la royauté.

Ce jour du 8 décembre 1793, sur la place de la Concorde à Paris, le peuple devient le témoin d’une exécution qui n’allait pas manquer de faire naître des soupçons sur la véritable nature de la révolution. Une femme est traînée, hurlante, pleurant et protestant jusqu’à l’échafaud, suppliant le bourreau de lui accorder encore un instant. Et lorsque le couperet s’abat, ce n’est ni acclamations ni rires qui secouent la foule oppressée, mais un silence de mort. Ses cris et ses larmes, en ont fait le testament qu’elle a légué à l’Histoire. Avec sa mort, une légende empoisonnée est née, ainsi que la fin d’un monde de courtisanes. Mais qui était donc cette Madame du Barry dont le nom restera à jamais celui de la galanterie ?

« Si ce ne fut pas une vestale, la faute en fut aux dieux qui la firent si belle. »

Honoré Gabriel Riqueti, Comte de Mirabeau

Jeanne, née d’une romance scandaleuse

Jeanne Bécu

C’est en Champagne, à Vaucouleurs, que naît en août 1743, Jeanne Bécu, surnommée Mademoiselle l’Ange. Une référence qui désigne son côté paternel. En effet, cette enfant naturelle est issue de l’amour d’une couturière et d’un moine du Tiers-Ordre de Saint-François, Gomard de Vaubernier. Un nom dont elle ne reniera jamais, pas plus que ses racines.

La petite Jeanne fait déjà scandale par cette naissance que beaucoup qualifie d’impie, et n’apporte avec elle qu’une beauté qui s’épanouit au fil des années. Elle grandit à Paris où elle est éduquée au couvent Sainte Aure, institution réputée pour sa rigueur, sa discipline et son savoir. Elle parvient à acquérir une culture, une finesse et une aisance qui lui ouvriront de vastes horizons. Sa piété sera sincère, sa générosité envers les indigents également.

À la fin de ses études, âgée de quinze ans, et malgré ses obscures origines, Jeanne enchaîne les emplois en tant que vendeuse dans une mercerie. Elle achève son parcours comme femme de chambre au service d’une riche veuve, Madame de la Garde, qui lui fait découvrir le monde de la haute société ; ainsi que les quotidiens du libertinage. Elle est belle, trop belle, suscite, envies, jalousies, querelles. Ce n’est pas à proprement parler une croqueuse d’hommes, insatiable pour ses besoins en argent. Mais sa triste condition l’oblige parfois, comme bien des femmes de son temps, à recourir à ses charmes pour subsister. Du coup, la voilà congédiée par sa protectrice et devient vendeuse A la vitrine d’à la Toilette, boutique très à la mode où les clients peuvent admirer la future comtesse. Celle-ci, à ses heures perdues, s’offre aux clients d’un prestigieux lupanar élégant, tenu par une certaine madame Gourdan. L’Ange poursuit sa route, sans se douter qu’une rencontre va bouleverser sa vie.

 

« Grande, bien faite, blonde à ravir, front dégagé, beaux yeux, bouche au rire leste, peu fine, poitrine à contrarier le monde »

Mémoire du Prince de Ligne

 

Jeanne, la roturière à la Cour de Versailles

Le 22 avril 1769, parée du titre de comtesse, Jeanne Bécu devenue Comtesse du Barry paraît à Versailles dans une robe parsemée de diamants, et sa grâce ainsi que sa beauté désarmeront ses pires détracteurs. Jeanne à présent Comtesse du Barry, n’aima pas le roi, mais l’homme. Comblée de cadeaux, de bijoux, Jeanne obtient du Roi Louis XV, le magnifique château de Louveciennes où ils se retireront de temps en temps comme un couple de bourgeois, loin de la vie mondaine et des fastes de la Cour. Il lui fait présent également d’un jeune domestique noir prénommé Zamor et que madame du Barry aima et éleva comme le fils qu’elle n’aura jamais. Un amour qui ne sera pas , hélas,récompensé. Jusqu’à l’arrivée de la dauphine, Marie-Antoinette, qui épousera le petit-fils du roi, futur Louis XVI, Jeanne demeure la "reine de Versailles" et du cœur du Roi.

Elle aura beau multiplier les bontés, se tenir loin de la politique, demeurer discrète, on ne lui pardonnera jamais, elle, la fille de rien, la prostituée, l’enfant du péché de s’être élevée au-dessus d’une condition seulement réservée à la caste. Une relation plus que fracassante entre la roture et la noblesse qui n’a jamais cessé à travers les siècles. Le duc de Choiseul, instigateur de bien des intrigues, ayant englobé Jeanne dans sa haine avec ses partisans, tentera de précipiter la chute de la favorite. Mais envers et contre tous, Louis XV finira en 1770 par prononcer la disgrâce du duc, disgrâce que l’on attribuera à Jeanne.

 

 

Jeanne, la dernière favorite exilée…

« Passez, madame, la beauté est toujours reine ! »

Phrase de l'Empereur d’Autriche Joseph II

Sitôt hors, de Versailles, Jeanne est menée à l’abbaye de nuit, ses papiers sont saisis par le clan Choiseul, et des correspondances vraies et fausses seront rédigées pour ternir la réputation de la belle comtesse. Sa triste légende est en route.

Restée quelque temps au milieu des religieuses qu’elle surprit par sa douceur et sa piété, Jeanne est libérée en avril 1775. Elle obtient de Louis XVI la permission de se retirer dans son petit château de Louveciennes, donné en usufruit par Louis XV, avec pour toute interdiction de pénétrer à Versailles. Un accord facilement respecté. Jeanne vit des années heureuses, entretient une nouvelle relation amoureuse avec Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac (comte puis duc de Cossé-Brissac), accueille la célèbre Virginie Lebrun qui laisse trois magnifiques portraits d’elle, reçoit Joseph II, le propre frère de la reine de France venu incognito. On lui attribue la fameuse phrase, alors qu’il se déplaçait pour lui laisser la place : « Passez, madame, la beauté est toujours reine ! »

On visita de partout cette figure de proue d’une monarchie libertine, certes, mais brillante, au grand dam de la reine. Jusqu’à Voltaire que Jeanne alla visiter, son amitié pour le philosophe et son amour pour le siècle des Lumières s’étant avérés sincères.

 

Jeanne, la Révolution ou la marche vers la chute

La Révolution sonne la dernière tranche de vie heureuse de Madame du Barry. Des nobles, mais aussi des contre-révolutionnaires s’enfuient en Europe et aux Amériques. Jeanne refuse la fuite et aide les émigrés avec ses rentes, ne cessant de soutenir la contre-révolution de l’intérieur. Dans son entourage, on l’aime, on la respecte, on adhère à ses idées. À l’exception de son chez Zamor, qui, devenu adulte, fréquente le club des Jacobins avec beaucoup d’ardeur et se détache insensiblement de sa maîtresse. Discrète, mais active, madame du Barry s’attache les cœurs des démunis et des abandonnés. Elle demeure cependant une cible de prédilection, son passé de maîtresse royale n’étant pas oublié.

Mais c’est la nuit du 10 au 11 janvier 1791 qui signe l’arrêt de la comtesse. Son château de Louveciennes est cambriolé, ses bijoux volés (estimés à notre époque pour une valeur de 60 millions actuels) alors qu’elle passe la nuit chez le Duc de Brissac. Elle fait aussitôt publier une annonce pour retrouver ses joyaux, et c’est ce qui la fit rappeler aux bons souvenirs de ses ennemis. Retrouvés un mois plus tard à Londres, et malgré quatre aller-retour, Jeanne ne les récupérera jamais. Nathaniel Parker-Forth, l’espion anglais, les gardera avec lui jusqu’à la mort de leur propriétaire avant de les vendre à son profit. À son retour, elle apprend que son amant, le duc de Cossé-Brissac, devenu commandant en chef de la garde constitutionnelle du Roi, dissoute par l'Assemblée législative le 29 mai 1792, est arrêté et emprisonné à Orléans et en attente de jugement par la haute cour à Paris.

Le 10 août 1792, la famille royale est incarcérée à la Tour du Temple et le Palais des Tuileries est pris d'assaut par les émeutiers. Ce sont Les Massacres de septembre 1792 qui ensanglantent Paris. Les Gardes Suisses chargés de la protection de leurs souverains sont massacrés, d’autres parviennent à s’enfuir chez la Comtesse du Barry qui leur sauve la vie. Marie-Antoinette lui en sera grès et la remerciera dans une missive. Le 9 septembre, le Duc et ses compagnons prisonniers passent en charrette par Versailles où ils sont massacrés, leurs corps dépecés. Suprême horreur, les émeutiers s’emparent de la tête du duc qui est jetée par une fenêtre dans le salon de la comtesse du Barry.

« Je n'ai jamais tant ri qu'aujourd'hui, en voyant les grimaces que faisait cette belle pour mourir. »

Phrase de Georges Greive, persécuteur de Madame Du Barry

Et la Révolution poursuit sa route, décimant Louis XVI, le 21 janvier 1793 sur la guillotine la veille de la déclaration de guerre avec la Grande-Bretagne. Jeanne, étant toujours à Londres pour porter secours aux émigrés, apprend que des scellés ont été apposés sur son château de Louveciennes.

Aux yeux de l’Assemblée, son séjour en Angleterre est assimilé à une fuite, donc à une accusation doublée d’une condamnation. Elle doit revenir précipitamment en France pour se justifier et regagner sa demeure malgré les mises en garde de ses amis. En effet, un certain Georges Greive, agent anglais en France, la talonne depuis longtemps et compte bien parvenir à ses fins pour la condamner. Il parvient à faire main basse sur sa correspondance avec Brissac dans laquelle elle donne de multiples explications et descriptions sur les efforts des contre-révolutionnaires pour rétablir la monarchie.

Le 22 septembre, devenue suspecte et enfin ennemie de la Révolution, elle est arrêtée et emprisonnée à Sainte-Pélagie en attendant l’ouverture de son procès qui s’ouvre le 6 décembre 1793, face au révolutionnaire Fourquié-Tinville devant le Tribunal Révolutionnaire. Des rumeurs colportent que c’est Zamor, son presque fils, qui a rédigé une lettre qui l’a perdue. Les habitants de Louveciennes, consternés par l’arrestation de leur bienfaitrice, signent une pétition qui n’obtiendra aucun gain de cause. Jeanne est condamnée à mort, et cette annonce la foudroie. Pour sauver sa tête, elle se hâte d’énumérer tous ses biens dissimulés en échange de sa vie. Sitôt sa déclaration signée, elle est poussée vers la charrette des condamnés.

 Jeanne, fin tragique sur l’échafaud ...

« Encore un petit moment, monsieur le bourreau… ! »

Dernière supplique de Jeanne, Comtesse du Barry

Horrifiée, Jeanne voit sa vie défiler en même temps que les passants qui regardent passer le convoi, certains avec satisfaction d’autres avec indifférence. Oubliant sa fierté, Jeanne hurle, se débat, est prise de convulsions avant d’être traînée par plusieurs aides à la guillotine. Le hurlement de terreur s’arrête avec le couperet qui tranche le cou de la dernière favorite, coupable d’être trop belle, coupable d’avoir éclairé les dernières années du roi Louis XV, coupable peut être d’avoir trop aimé la vie.

Sa dernière imploration, était-elle destinée à attendre un ultime recours ? Ou à absorber une dernière bouffée d’air de cette existence si riche d’amour ? Nul ne le saura. Son corps est inhumé dans le cimetière de la Madeleine, là où Marie-Antoinette l’avait précédée de peu de jours.

On blâma son manque de courage, sa peur devant la mort, sa dignité qu’elle bafoua, la reléguant loin des héroïnes révolutionnaires telles que Charlotte de Corday, Olympes de Gouges, et bien d’autres femmes qui défièrent Sanson le bourreau et son couperet. C’est oublier qu’elle resta aux côtés de Louis XV durant sa terrible maladie sans la crainte d’être contaminée ou défigurée. C’est également oublier la force d’âme dont elle fit preuve pour sauver les gardes suisses des révolutionnaires qui envahirent son domaine. C’est oublier tout simplement la compassion, les soins qu’elle offrit aux indigents, les dangers et les voyages qu’elle entreprit pour secourir les émigrés qui avaient tout perdu. C’est oublier qu’elle fut femme de cœur.

Le Domaine de Louveciennes n’est plus possible de s’y rendre. Le domaine ayant été acheté, on peut néanmoins le contempler, visiter ses jardins, et retracer la vie de Jeanne du Barry, une enfant des bas-fonds devenue la maîtresse royale, mais aussi tout simplement un symbole d’amour.

Elle aima la philosophie, le dessin, ses amants, son roi, la vie. C’était un cœur brûlant qui le resta dans le souffle révolutionnaire sanglant. Dans les murs de Louveciennes, l’esprit de Jeanne continue de vivre, plus vivant et attachant que jamais.

À Toulouse, il reste quelques traces du passage des Du Barry, avec le domaine du même nom, aujourd’hui situé en plein cœur du quartier de la Reynerie, ce petit château est un écrin de l’amour pour reprendre les mots de son dernier propriétaire.

 

Et pour finir en gourmandise, Madame du Barry avait hérité de l’appétit et de l’embonpoint de ses ancêtres, tous issus du métier de bouche. Ce fut son cuisinier, Louis Signot qui créa en son honneur une délicieuse soupe à base de chou-fleur, qui porte le nom de potage Dubarry.

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